Maintenir le lien avec ses proches quand on est expat

Psychologie du voyage
7.03.2026

L’une des plus grosses difficultés que j’ai pu avoir dans ma vie à l’étranger a été de maintenir le lien avec mes proches.

Entre culpabilité et stress de ne pas être présente, il m’est souvent arrivé de ne pas réussir à communiquer.

Cela m’a poussé à faire des recherches pour mieux comprendre ce qui se jouait derrière ma difficulté à répondre aux messages.

Si c’est ton cas, sache que tu n’es pas seul.e et que cet article est fait pour toi !

Sommaire :

I. Pourquoi il est difficile de maintenir le lien avec ses proches à distance ?

II. Comment garder le lien avec nos proches

Temps de lecture : 15 min

I. Pourquoi il est difficile de maintenir le lien avec ses proches à distance ?

On ne va pas se le cacher : être régulier dans les appels et les messages avec nos proches qui restent dans notre pays d’origine, c’est dur.

Entre le décalage horaire, la fatigue, les émotions qui vont dans tous les sens, les non-dits des deux côtés ; la communication se complexifie.

Que se passe-t-il réellement ? Pourquoi est-ce si difficile de maintenir le lien quand on est à l’étranger ?

 A) Les restrictions que l’on s’impose à nous-mêmes

Au fil des années, j’ai pu recevoir en consultation de nombreuses personnes qui n’osaient pas parler des difficultés qu’elles rencontraient en expatriation.

Lorsqu’elles traversaient une période difficile, elles préféraient éviter la conversation avec leurs proches, ou mentir sur ce qui se passait.

À première vue, ce comportement était mis en place pour ne pas inquiéter leur entourage. En creusant ensemble, j’ai souvent remarqué que c’était surtout lié à :

  • la peur de s’entendre dire « tu ferais mieux de rentrer »
  • la croyance que mettre ses problèmes de côté va aider à ce qu’ils disparaissent, comme par magie
blocages quand on habite loin

Ces pensées nous freinent.

Lorsqu’elles deviennent trop présentes, on va commencer à s’isoler et à ruminer nos problèmes.

Cela va avoir l’effet inverse de ce que l’on recherche :

Notre focus sur cette difficulté va augmenter, on va donc y penser en permanence, ce qui ne fait qu’alourdir nos pensées.

Ce cercle vicieux peut nuire au lien avec nos proches.  

Pourquoi ? Parce que l’on va avoir tendance à éviter les appels, ou à couper court à la conversation de peur de trop en dire.

Dans ce cas de figure, on érige nous-même des barrières entre ceux qui sont restés dans notre pays d’origine et nous-même.

B) L’attachement pour maintenir les liens avec ses proches 

As-tu déjà entendu parler de l’attachement ?

En psychologie, ce terme désigne un lien émotionnel intense reliant une personne à une autre. Ce lien vaut aussi bien pour les relations amoureuses que pour les relations amicales ou familiales.

On trouve 4 types d’attachement différents :

  • L’attachement sécure : où on crée du lien tout en restant autonome, sans anxiété excessive ni évitement. On se sent en sécurité dans la relation.
  • L’attachement anxieux : avec une peur intense de l’abandon et un besoin de réassurance quasi-constant. Il est difficile d’être loin de l’autre.
  • L’attachement évitant : caractérisé par la peur d’être envahi et donc la mise à distance de l’autre.  L’indépendance est souvent privilégiée avec une difficulté à exprimer ses émotions et besoins.
  • L’attachement désorganisé : où on va avoir un désir intense d’être proche de l’autre, mais une peur tout aussi intense d’être rejeté, ce qui peut amener des comportements de distance envers ses proches.

En fonction du type d’attachement de chacun, des conflits peuvent naitre.

Prenons un proche avec un attachement anxieux. 

Ce dernier va, par exemple, envoyer de nombreux messages à la personne expatriée de peur d’être abandonné.

De l’autre côté, si cette personne a un style d’attachement évitant, voir un grand nombre de messages va lui donner l’impression d’être envahie.

liens d'attachement en expatriation

Son réflexe sera alors de ne pas répondre.

Cela peut donc créer un conflit et une incompréhension de la part des deux personnes s’il n’y a aucune communication.

Notre style d’attachement va donc déterminer le type de comportements que l’on peut avoir face à l’autre.

Avec la distance et le décalage horaire, cela peut mener à beaucoup de confusion et de mauvaises interprétations de la part de chaque individu.

C) Notre rapport à la culpabilité 

On ressent de la culpabilité lorsque l’on a un conflit intérieur entre nos valeurs personnelles et le comportement que l’on a pu avoir envers quelqu’un. 

Personnellement, je me sentais coupable à chaque fois que je ratais un appel ou que je répondais des semaines plus tard. 

À la base, cette émotion a une fonction régulatrice. Elle nous signale qu’un acte ne correspond pas à nos valeurs et elle nous pousse à ajuster notre comportement.

culpabilité dans notre pays d'accueil

Là où cela devient compliqué, c’est lorsqu’elle ne vise plus l’action, mais notre identité. 

Au lieu de penser : « Je n’ai pas répondu, ça ne me ressemble pas. Je ferai différemment la prochaine fois. »

On commence à penser : « Je suis égoïste » ou « Je suis une mauvaise personne » et on rumine.

Beaucoup d’expatriés se sentent coupables d’avoir pris la décision de vivre loin de leurs proches. Alors quand s’ajoute un message sans réponse ou un appel manqué, cette culpabilité se renforce.

Plus elle augmente, plus on évite, plus on se sent mal, plus on rumine.

Maintenir le lien devient alors une source de stress plutôt qu’un espace de connexion. On entre une nouvelle fois dans un cercle vicieux dont il est difficile de se sortir.

D’ailleurs, si tu veux des conseils pour moduler ton stress en expatriation, je te conseille cet article.

II. Comment garder le lien avec nos proches ?

Je te conseille maintenant de faire le point sur ton style d’attachement. Pourquoi ? car cela va te permettre de mieux comprendre les comportements défensifs que tu peux mettre en place.

Si tu en ressens le besoin, on peut également en parler ensemble. Lorsque j’accompagne des expats/nomades, la question de la relation à l’autre est toujours importante.

C’est en mettant des mots sur tes besoins et en comprenant tes limites que tu pourras mieux communiquer à distance.

En attendant, voilà quelques moyens pratiques que tu peux déjà mettre en place :

A) Trouver des moyens de communication rapide

De nos jours, nous avons la chance d’avoir accès à différents moyens technologiques pour pouvoir garder contact avec nos proches même à distance.

Pour les voyageurs en sac à dos, ou tout autre nomade qui bouge beaucoup, je conseille l’application PolarStep.

Via ce logiciel, tu peux choisir une localisation précise et y ajouter une photo + un petit texte pour pouvoir partager avec les autres où tu te trouves. Ce contenu est entièrement privé.

Pour le partager, il te faut donner un lien spécifique aux personnes que tu veux et elles peuvent même commenter tes posts.

Un peu dans le même style, je te conseille Famileo ; en particulier si tu veux garder contact avec tes grands-parents.

Le principe est simple : chaque mois tu sélectionnes des photos et anecdotes (selon ton envie). Ce contenu sera ensuite automatiquement mis en page et imprimé sous format papier, puis envoyé aux personnes concernées.

Pour ce qui est des appels, WhatsApp a récemment ajouté une nouvelle fonction.

Elle te permet de prévoir un appel en avance et d’envoyer un message à la personne lorsque l’heure du rendez-vous est proche.

Parfois, tu n’auras pas l’énergie d’envoyer un long message ou d’appeler les personnes qui sont restées dans ton pays d’origine.

Dans ces cas-là, même juste envoyer un emoji cœur peut faire toute une différence. Le but est de montrer que tu penses à eux, que tu ne les oublies pas.

app pour maintenir le lien avec ses proches

Je comprends que toutes ces idées demandent une certaine organisation. Cela peut être difficile de ne pas avoir de moment « spontané ».

C’est une des réalités de l’expatriation : le compromis que l’on fait de vivre loin de nos proches pendant un temps pour poursuivre nos idéaux.

Sur le long terme, toutes ces petites astuces feront une grande différence dans le maintien de la relation avec tes proches quand tu es à l’étranger.

B) Être honnête avec tes proches pour maintenir le lien

Comme je l’expliquais plus haut, on va souvent avoir le réflexe de cacher ce qui se passe réellement à l’étranger ou au moins omettre certains détails.

Il est difficile de se montrer vulnérable envers l’autre, en particulier lorsque l’on est éloigné. Pourtant, c’est plus que nécessaire lorsque l’on est expatrié.

Toutes les émotions qui te traversent sont légitimes.

La réalité de l’expatriation, c’est qu’il y a des jours avec et des jours sans.

Parfois, tu te lèveras en te sentant aligné.e, à ta place et heureux.se. D’autres fois, tu te demanderas ce que tu fais là, si tu as pris la bonne décision : tristesse et doutes seront tes compagnons.

Il y aura toute une période d’adaptation où tu auras du mal à comprendre ce qui se passe autour de toi.

Tu te sentiras plus irritable et sensible au moindre bruit. Tu pourras avoir du mal à dormir et ressentir une énorme perte de motivation.

C’est normal. Ça fait partie du processus d’intégration dans un autre pays. Tu peux te renseigner un peu plus sur le sujet avec cet article.

communication pour maintenir le lien avec ses proches

Avant de répondre aux messages et aux appels de tes proches dans ton pays d’origine, je t’invite à faire le point sur tes besoins.

Ferme les yeux un instant, prends de profondes inspirations et écoute ton ressenti corporel.

Sens-tu une tension ? un nœud dans le corps ? un poids sur les épaules ? une fatigue intense ?

Ou alors as-tu l’impression d’être détendu.e, prêt.e à parler avec d’autres personnes ?

Une fois que c’est fait, ouvre-toi sur le sujet à ton interlocuteur. Tu as le droit de ne pas te sentir d’attaque pour un appel.

Plutôt que d’inventer des excuses, et si tu leur disais simplement : « Aujourd’hui, je me sens extrêmement fatigué.e à cause de… Ça te va si on reporte l’appel ou si on se parle uniquement par message ? »

Tu peux aussi préciser si tu sens que cela aidera l’autre : « Ce n’est pas que je n’ai pas envie de t’entendre ou que tu ne me manques pas. Honnêtement, je suis épuisé.e en ce moment.

Bien sûr, à toi d’adapter selon tes besoins !

Conclusion 

Maintenir le lien avec ses proches lorsque l’on est expat, ça s’apprend ! Cela demande des efforts autant pour ceux qui restent que pour la personne qui s’expatrie.

Ton style d’attachement, la relation que tu as à la culpabilité et la peur de te montrer vulnérable sont les éléments centraux qui peuvent te freiner.

Trouver le bon rythme, cela va prendre du temps, et c’est normal. Il y a un nouvel équilibre à trouver pour tes proches comme pour toi.

Malgré cela, je peux t’assurer que c’est possible de garder contact avec eux, même en prenant en compte le décalage horaire.

Alors, ne baisse pas les bras et sois prêt.e à développer (et mieux comprendre) ta communication !

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