Quand j’ai commencé à voyager, j’avais une image édulcorée de la vie à l’étranger. Je pensais aux aventures, aux rencontres, aux paysages magnifiques.
De ce que je pouvais voir sur les réseaux sociaux, partir c’était le rêve. Ce voyage, ce serait le meilleur moyen d’aller vers une vie idyllique.
Je n’avais pas prévu la nostalgie de ma culture d’origine, les remises en question de mes choix, les montagnes russes d’émotions qui me faisaient vivre de la joie et de l’excitation autant que de la tristesse et de la déception.
La réalité, c’est que l’adaptation à l’étranger est un processus qui prend du temps et qui nous fait passer par tout un florilège d’émotions et de doutes.
Vivre à l’étranger, c’est passer par 4 phases distinctes : la lune de miel, la confrontation, l’ajustement, et l’adaptation.
Dans cet article, je vais te décrire chacune de ses étapes et leur importance pour se sentir pleinement épanoui.e et adapté.e à l’étranger.
Sommaire :
I) Phase 1 de l’adaptation à l’étranger : l’euphorie du départ
II) Phase 2 de l’adaptation à l’étranger : choc culturel et confrontation
III) Phase 3 et 4 de l’adaptation à l’étranger : ajustement et acceptation
Temps de lecture : 10 min
I) Phase 1 de l’adaptation à l’étranger : l’euphorie du départ
Ça y est, tu te retrouves dans le pays que tu voulais. Tu as un océan de nouveauté qui s’ouvre à toi. Quel est ton état d’esprit à ce moment-là ?
A. Pourquoi arrive-t-on à l’étranger avec des attentes irréalistes ?
Pour beaucoup d’entre nous, on va arriver avec des étoiles dans les yeux et des rêves plein la tête.
On a une foule de choses que l’on veut accomplir : monuments à visiter, nourriture à découvrir, nouvelles rencontres à faire…
Ce qui nous vient en premier est un sentiment d’euphorie et de forte curiosité face à la nouveauté.
Cette 1ʳᵉ étape de ton adaptation à l’étranger s’appelle la phase de lune de miel.
Le chercheur norvégien Lysgaard (1955), qui a modélisé la courbe en U de l’adaptation culturelle, décrit cette étape comme un moment où tout nous semble merveilleux et excitant.
On se trouve alors dans une sorte d’illusion de beauté.
Cette phase d’euphorie, j’ai pu la vivre lorsque je suis arrivée pour la première fois au Japon. Je réalisais un rêve d’enfant.
J’avais du mal à me rendre compte que j’étais réellement dans ce pays. Je voulais tout goûter, voir, découvrir.
À ce moment-là, je n’avais pas pris conscience de ce que j’avais amené comme bagages avec moi.
Ces bagages, nous sommes peu à en avoir conscience au départ. Pourtant, ils sont bien présents dans un coin de notre esprit.
Un certain nombre d’attentes inconscientes se cachent et attendent leur tour. Ces dernières sont créées par nos envies personnelles, mais aussi les normes sociales véhiculées notamment via les réseaux sociaux.
Tu as un doute sur ce dont je parle ? Je pense ici aux injonctions telles que :
- Je dois faire un maximum de visites.
- C’est obligatoire que je me fasse beaucoup d’amis.
- Je dois avoir des choses incroyables à raconter tous les jours vu que j’habite à l’étranger.
- Si je suis à l’étranger, c’est pour découvrir des choses, donc je ne peux pas juste rester dans mon lit.
Ces injonctions découlent directement de ce que l’on nomme la conformité sociale.
Selon Solomon Asch (1951), les êtres humains ont tendance à modifier leurs comportements afin de correspondre aux normes du groupe.
Cela leur permet d’avoir un sentiment d’appartenance et d’éviter l’isolement.
Erving Goffman (1959), lui, complète cette idée en montrant que l’on va adapter également notre comportement en fonction de l’image que nous voulons renvoyer aux autres (notamment sur les réseaux sociaux).
La conformité sociale et l’importance de l’image que l’on veut renvoyer créent donc ces injonctions dont il peut être difficile de se défaire.
C’est souvent lorsque ces dernières vont prendre de l’ampleur que l’on va alors basculer dans la 2ᵉ phase de l’adaptation.
B. Adaptation à l’étranger : que se passe-t-il quand la lune de miel ne se produit pas ?
Attention, il convient d’ajouter une exception à cette première étape. La phase de lune de miel va habituellement être vécue par des personnes qui ont eu le choix de leur destination.
Dans certains cas, cette décision est forcée : fuite (car pays trop dangereux), accompagnement du conjoint, problèmes financiers…
Pour ces personnes-là, la première phase n’a pas forcément lieu et ils arrivent dans ce pays avec des à priori ou des pensées négatives. La phase de lune de miel n’est donc pas présente.
De plus, certaines personnes vont arriver dans ce pays d’accueil avec un taux de stress élevé. Lorsque c’est le cas, il est aussi difficile de penser aux aspects positifs du voyage.
Au contraire, on va se focaliser sur les choses qui n’ont pas fonctionné et les contraintes que l’on peut avoir.
Si, en arrivant à l’étranger, tu ne ressens pas ce moment d’euphorie, rassure-toi. Tu n’es pas bizarre. Chaque personne aura une expérience différente. Par contre, il sera intéressant pour toi de faire le point sur les émotions que tu ressens.
Qu’est-ce qui te dérange actuellement ? Pourquoi n’arrives-tu pas à profiter du moment présent ? Prends un temps pour toi, pour comprendre les besoins que tu as actuellement. C’est ok de ne pas adorer ta vie d’expatrié tout de suite.
Cela peut prendre du temps. Tu n’as pas à aller plus vite que la musique. Fais en fonction de toi-même, et non de ce que les autres vont penser.
Dans le cas où ton stress serait trop présent, ne désespère pas ! J’ai un petit cadeau pour toi.
En t’inscrivant sur le formulaire à droite, tu recevras un PDF avec des outils pratiques pour t’aider à moduler cette émotion.
Ce sont des exercices que j’ai moi-même pu utiliser pendant mes voyages. J’espère qu’ils pourront t’aider !
II) Phase 2 de l’adaptation à l’étranger : choc culturel et confrontation
Au bout d’un moment, la personne qui voyage va faire face à un événement / un comportement / un lieu qui va bouleverser son état d’esprit. On parle alors de choc culturel un terme introduit par l’anthropologue Kalervo Oberg (1960) pour décrire une expérience intense de dépaysement que l’on peut ressentir en se confrontant à une culture différente de la nôtre.
Selon lui, le choc culturel est provoqué par la perte de repères familiers qui crée un état de désorientation et d’anxiété impactant alors directement notre santé mentale.
L’ampleur de ce choc culturel et son incidence dépendent du degré de préparation de la personne face à la culture qu’elle découvre.
Des personnes ne s’attendant à rien vont éprouver un fort choc culturel dont il sera parfois difficile de sortir au vu de son imprévisibilité. En connaissance de cause, ce choc peut être présent, mais moins impactant.
A. Choc culturel et remise en question : ce qui se passe vraiment
Le choc culturel enclenche la 2ème phase de l’adaptation que l’on nomme : la confrontation.
Ici, l’individu va prendre conscience de sa différence comparée aux autres personnes vivant dans le pays dans lequel il se trouve.
Cela peut amener un véritable mal-être avec de la désorientation ainsi qu’un sentiment de rejet et d’isolement.
C’est à ce moment-là que l’on commence à remettre les choses en question : nos choix, nos comportements, notre vision du monde / des autres / de soi-même.
Ce dont on ne se rend pas forcément compte au départ, c’est qu’aller à la rencontre d’une nouvelle culture, c’est en réalité se confronter à soi-même.
Baigner dans une culture différente de la nôtre pousse finalement à la comparaison entre nos comportements et ceux des autres.
On va alors faire face à la manière de penser et d’agir que notre propre environnement nous a inculqués, inconsciemment, dès la naissance.
Cela peut être très perturbant au début, en particulier lorsque l’on ne s’y attend pas.
Il n’est pas rare de ressentir un stress intense, ou d’avoir des angoisses qui surgissent avec de nombreux doutes et ruminations qui viennent nous polluer l’esprit. Notre sommeil peut également être impacté, entrainant ainsi des phases de fatigue parfois intenses.
Pour en savoir plus sur cette angoisse qui peut être vécue, je te conseille d’ailleurs cet article sur le sujet. Cette période de confrontation va être plus ou moins longue en fonction des personnes.
Bien que cela ne soit pas une phase agréable par laquelle passer, elle est très importante dans la manière dont le voyage va t’impacter par la suite.
B) Pourquoi la phase de confrontation est-elle indispensable dans l’adaptation à l’étranger ?
La phase de confrontation invite à prendre un temps pour se recentrer sur soi. et finalement se concentrer sur l’instant présent.
Le choc culturel remet en question notre identité : les comportements que l’on a intégrés, qui l’on est, comment est notre rapport aux autres.
Cela peut amener beaucoup de confusion, d’où le doute, la solitude et la désorientation qu’on peut ressentir lors de cette phase.
Pour Colleen Ward (2001), le choc culturel est difficile à vivre car il va affecter 3 dimensions importantes chez nous :
- L’émotionnel : en phase de confrontation, l’anxiété, la tristesse, la solitude et la confusion sont des émotions qui peuvent nous submerger.
- Le comportement : notamment notre capacité à développer de nouveaux comportements sociaux qui dépendent de la culture dans laquelle nous vivons actuellement.
- Le cognitif : notre manière de percevoir le monde, les autres et soi-même va évoluer.
C’est désagréable, c’est prenant, et pourtant, c’est en réussissant à sortir de cette phase que l’on pourra le plus avancer sur nous-même.
Cette étape est beaucoup plus difficile à voir lorsque l’on voyage en sac à dos car on a tendance à rester sur des périodes plus courtes.
Les signes de la phase de confrontation peuvent alors pousser les voyageurs en sac à dos à partir du pays d’accueil.
La baisse de motivation en est l’un des premiers « symptômes ». Les personnes vont se dire que le pays n’a plus rien à leur apporter, et décider de partir.
Apparaît alors un tout autre problème : la recherche constante de dopamine. Ce type de personnes va passer d’un pays à un autre, et rester perpétuellement dans la phase d’euphorie.
En réalité, sur le long terme, ce n’est pas tenable. Cela ne permet pas non plus d’avoir l’expérience réelle du pays dans lequel tu te trouves, car, finalement, tu n’en vois que les bons côtés.
Fais bien attention à cela lors de tes voyages ! Si c’est ton cas, il y a certainement des blocages inconscients qui te poussent à partir.
III) Phase 3 et 4 de l’adaptation à l’étranger : ajustement et acceptation
On rentre maintenant dans la phase finale de l’adaptation dans un pays étranger. Comment sort-on de cette phase de confrontation ? Quels changements sont opérés en nous à ce moment-là ?
A. Comment favoriser l’introspection pour mieux s’ajuster à l’étranger ?
C’est en acceptant de faire un travail d’introspection qu’une personne pourra accéder à la 3eme phase : l’ajustement.
Pour ce faire, se comparer à l’autre et accepter la différence sera nécessaire. Une sorte de lâcher-prise va se mettre en place.
Ici, l’individu aura réussi à accéder à un compromis entre l’excitation ressentie lors de l’arrivée et la désorientation causée par le choc culturel.
Dans ce cas de figure, on va avoir des personnes qui s’ouvrent à la nouvelle culture dans laquelle ils se trouvent : apprentissage de la langue, interaction avec les locaux…
Il peut y avoir encore quelques difficultés d’ajustement, mais, cette fois-ci, ces dernières ne sont pas vues comme insurmontables.
La mentalité change : « il y a des choses encore difficiles, mais je peux les surmonter. Je trouve plaisir dans d’autres choses, je ne suis pas dans le rejet de ce nouvel endroit ».
Ces personnes vont être plus enclines à la découverte des tenants et aboutissants de la nouvelle culture. L’environnement extérieur n’est plus vu comme un danger.
Pour t’aider à favoriser ces moments d’introspection, tu peux :
- Pratiquer la méditation en pleine conscience et la respiration
- Te balader dans la nature
- Prendre un temps pour écrire ce qui te traverse l’esprit
- Faire du dessin / de la peinture
Dans la phase d’ajustement, tu vivras des hauts et des bas. Parfois, tu te réveilleras en te disant que tout va bien maintenant. D’autres jours, un événement va de nouveau te bouleverser et ton moral va retomber.
C’est tout à fait normal. Cela fait partie du processus. Sans t’en rendre compte, tu t’en remettras de plus en plus rapidement. Surtout, tu seras conscient de ce qui se passe autour de toi et en toi.
B. Qu’est-ce que l’adaptation complète à l’étranger change en nous ?
Dans la phase d’ajustement, on apprend à accepter notre situation telle qu’elle est.
Si cette acceptation continue à faire son chemin, on arrive donc dans la 4eme phase : l’adaptation.
Ici, on va observer un changement complet de la vision de soi et de son environnement.
L’individu va mettre en place diverses stratégies d’adaptation afin de pouvoir s’intégrer pleinement dans le nouveau pays.
Les coutumes de la nouvelle culture sont intégrées et acceptées simplement comme une autre manière de vivre sa vie.
Il est beaucoup plus facile d’interagir avec l’environnement extérieur. La personne va prendre du plaisir à se trouver dans ce nouveau pays, et pourra même avoir des difficultés à retourner dans son pays d’origine.
Il est important à noter que dans cette dernière phase, ce n’est pas l’environnement qui a fait changer l’humeur de l’individu, mais bien lui-même.
En changeant son attitude envers ce nouveau pays, en étant ouvert et en acceptant les différences qu’il a pu rencontrer, il devient alors beaucoup plus simple de s’acclimater.
Dans cette phase, une part de l’identité de la personne concernée s’est modifiée. Il y a maintenant une nouvelle culture qui coexiste avec celle qui était déjà là. Cela permet d’avoir une vision plus agrandie du monde et de soi-même.
Cette capacité à rester connecté à ses racines tout en assimilant la culture du pays d’accueil est un phénomène que Berry (1997) appelle l’intégration. Pour cet auteur, c’est le meilleur moyen d’arriver à un bien-être psychologique lorsque l’on vit à l’étranger.
S’épanouir dans ton pays d’accueil, ce n’est pas seulement intégrer une nouvelle culture, c’est la faire coexister avec la culture apprise dès ta naissance.
Ce qu’il faut retenir :
Chaque voyageur/expatrié va passer par 4 phases :
1 : Lune de miel ==> excitation du début de voyage
2 : Confrontation ==> Choc culturel + désillusion
3 : Ajustement ==> Compromis entre euphorie vs choc
4 : Adaptation ==> Acceptation des différences + intégration dans la nouvelle culture.
Pour sortir de la phase de confrontation, une remise en question de soi et de la culture qu’on a intégrée depuis notre naissance est nécessaire. Grâce à un travail d’introspection, on peut dépasser le choc initial et commencer à s’intégrer pleinement.
Conclusion
L’adaptation à l’étranger ne se fait pas du jour au lendemain, et ce n’est pas une expérience facile. Ce processus te fait remettre en question ta propre identité et tes choix, que tu sois simple voyageur ou expatrié sur le long terme.
Ta vision du monde s’en trouvera changée, et toi aussi, bien évidemment. C’est une expérience riche qui va agrandir tes horizons.
J’ai pu moi-même l’expérimenter et je ne peux que le recommander. Si en ce moment, la vie à l’étranger est difficile, sache que tu n’es pas le/ la seul.e à traverser cela.
Tu es certainement en phase de confrontation ou d’ajustement. Tes émotions font partie de l’adaptation à l’étranger. Il est légitime de ressentir tout cela.
C’est en traversant ces phases que tu arriveras à l’intégration et donc au bien-être psychologique dont parle Berry dans ses écrits.
Cependant, si tu sens que tu ne peux pas gérer ce flot d’émotions seul.e, alors je peux t’accompagner pour t’aider à t’épanouir pleinement à l’étranger.
N’hésite pas à cliquer sur ce lien pour qu’on en parle ensemble et peut-être commencer une psychothérapie.
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