Je suis née et j’ai grandi sur l’île de La Réunion. Je suis arrivée en métropole en dernière année de collège. Je ne le savais pas à l’époque, mais j’allais vivre un choc culturel profond – un bouleversement identitaire qui allait me suivre longtemps.
Pour m’intégrer, j’ai inconsciemment mis de côté ma culture originelle.
J’ai modifié certains comportements, atténué des parts de moi, adopté des codes sociaux qui ne m’appartenaient pas vraiment. Et malgré tous ces ajustements, je ne me sentais toujours pas à ma place.
Si cette expérience te parle, je te recommande cet article où je raconte ce que j’en ai appris.
Ce qui m’a permis de comprendre ce qui se jouait, et surtout de retrouver qui j’étais, a été mon voyage autour du monde.
Curieux, non ? C’est en me retrouvant dans des cultures radicalement différentes de la mienne que j’ai pu me reconnecter à mon identité profonde. C’est là que je me suis autorisée à être pleinement moi.
Pourquoi ce phénomène ?
Parce que le voyage active des mécanismes puissants de psychologie sociale : anonymat, redéfinition identitaire, relâchement des normes…
Prêt.e à savoir comment ? C’est parti !
Sommaire :
I. Pourquoi peut-on plus facilement se sentir à sa place à l’étranger ?
II. La difficulté du retour : se sentir à sa place en rentrant
Temps de lecture : 10 min
I. Pourquoi peut-on plus facilement se sentir à sa place à l’étranger ?
Grâce à mon voyage en sac à dos, j’ai pu prendre conscience de qui j’étais réellement et m’accepter entièrement. C’est en prenant de la distance avec la France que j’ai pris conscience de la raison pour laquelle je ne me sentais pas à ma place.
En réalité, je n’osais pas monter toutes les facettes de ma personnalité. J’en cachais ou j’en effaçais certaines en pensant que c’était la seule manière possible pour que l’on m’accepte et pour m’intégrer dans cet endroit qui était à la fois familier et inconnu.
Vivre à l’étranger m’a donné l’opportunité de tester de nouvelles choses et aussi de trouver qui j’étais. Cela s’explique par des principes de psychologie sociale dont je vais parler ici.
A) La théorie de l’auto-perception de Bem
Selon Bem, les individus vont interpréter leurs attitudes et émotions en observant leurs propres actions lorsque leur état interne est ambigu (ou) peu accessible.
Cela est particulièrement le cas lorsque l’on se retrouve dans un nouvel environnement, comme une culture différente par exemple.
Prenons l’exemple d’une personne qui, lorsqu’elle était plus jeune, avait tendance à être réservée et à ne parler à personne. En grandissant, elle a gardé cette idée en tête et pense donc qu’elle est timide avec une grande difficulté à créer des liens avec de nouvelles personnes.
Elle peut même penser qu’elle préfère largement être seule et que la compagnie des autres n’est pas un besoin pour elle.

En voyageant, cette personne adopte spontanément de nouveaux comportements (plus de sorties, nouvelles rencontres).
Cela lui provoque un bien-être auquel elle ne s’y attendait pas.
Selon la théorie de Bem, elle va ainsi faire la conclusion qu’elle apprécie la vie en groupe, ce qui modifie sa perception d’elle-même.
Ce processus va permettre une redéfinition identitaire.
Cela lui montre ce dont elle a vraiment envie, mais qu’elle n’avait pas forcément osé mettre en place dans un environnement familier.
On se retrouve à réviser des croyances anciennes et à s’autoriser à les voir sous un autre angle.
Avec le voyage, vient l’inconnu, ce qui amène toute une batterie de situations inédites qui va déclencher de nouvelles conclusions sur ce que l’on est capable de faire et ce qui nous convient ou non.
Reste maintenant à savoir pourquoi est-ce que l’on a tendance à oser plus de choses lorsque l’on se retrouve dans un pays étranger.
B) Désindividualisation et comparaison sociale pour oser se sentir à sa place
Lorsqu’on est à l’étranger, on se sent souvent moins exposé au regard social. Ce phénomène peut s’expliquer par deux concepts importants de la psychologie sociale : la désindividualisation et la comparaison sociale.
La désindividualisation désigne la perte temporaire de la conscience que l’on a de soi-même lorsque l’on est immergé dans un nouveau contexte.
Autrement dit, à l’étranger, on bénéficie d’un effet d’anonymat.
Dans un pays dont on ne connaît rien, personne ne nous connaît non plus et on se sent alors moins responsable de nos actes.
Le fait de savoir qu’on ne sera pas identifié va réduire la responsabilité que l’on perçoit.
Les codes sociaux étant différents et au départ, inconnus de nous, la pression du jugement social est réduite.

Sans la peur du regard des autres, il devient plus facile d’oser mettre en place de nouveaux comportements ou de tenter des expériences que l’on n’osait pas avant.
Notre identité sociale n’est plus figée dans le train-train quotidien que l’on avait mis en place.
Cela donne un sentiment de liberté psychologique. Les contraintes que l’on avait tendance à se poser sautent. On n’a plus peur des attentes invisibles de notre entourage, vu qu’ils ne sont pas proches de nous.
La théorie de la comparaison sociale, quant à elle, démontre que nous pouvons avoir tendance à évoluer positivement ou négativement dans nos comportements en fonction des personnes qui nous entourent lorsque nous sommes dans un endroit familier.
Ces comparaisons constantes vont généralement être inhibitrices. En se mesurant aux autres, on va dévaloriser la différence et préférer se conformer à ce que l’on peut voir pour continuer à faire partie du groupe.
Après tout, l’humain a un besoin d’appartenance important. Être bizarre est relié à l’inconfort et à la solitude, 2 choses que l’on préfère éviter.
Alors, même si ça va à l’encontre de ce que l’on veut vraiment, on met cette partie de nous de côté pour se conformer aux normes sociales.
Vivre à l’étranger enlève cette inhibition inconsciente que l’on s’impose. On se sent plus léger. On a l’impression de pouvoir repartir de zéro. On se relâche, et bizarrement, on est entièrement nous, sans s’excuser de ce que l’on aime.
II. La difficulté du retour : se sentir à sa place en rentrant
En expatriation, on se redécouvre, on ose plus. On se sent libre. C’est aussi pour cela que le retour peut être une source de stress pour certaines personnes.
« Vais-je réussir à garder avec moi ce que j’ai appris à l’étranger ? » « Je ne vais pas trop m’ennuyer en rentrant ? » « Et si on ne me reconnaît plus ? »
Toutes ces questions sont entièrement légitimes. Après des mois, voire des années dans notre pays d’accueil, faire le voyage retour apporte lui aussi son lot de difficultés.
On peut penser revenir dans un endroit familier, que ce sera plus simple, car « on connait ».
Et puis, après quelques jours ou semaines dans notre pays d’origine, on se sent perdu. On a du mal à retrouver sa place. On est confus, triste, incompris.
Ça parait anormal de ne pas réussir à se réhabituer à un endroit que l’on connaît pourtant depuis la naissance. Tous ces ressentis font en réalité partie du choc culturel inversé qui est une étape inévitable du retour.
Ne t’inquiète pas, j’ai quelques astuces en réserve pour t’aider à faire disparaître cette confusion mentale afin de réunir la personne que tu étais et celle que tu es devenue.
A) La mind map de soi pour se rappeler qui on est
Reprendre de nouveau sa place lors d’un retour demande du temps pour se réajuster physiquement et mentalement.
C’est un processus qui sera plus ou moins long en fonction des personnes. Il dépend beaucoup d’à quel point on a préparé (ou non) le fait de revenir dans son pays d’origine.

Un de nos conflits internes en revenant concerne l’identité que l’on avait avant de partir et celle que l’on a après notre expatriation.
Voilà un petit exercice qui va poser les bases pour t’aider à y voir plus clair :
- Sur une feuille, tu vas écrire ton nom et ton prénom au centre.
- Autour, tu vas marquer tout ce qui te fait penser à toi.
- Ça peut être les choses que tu aimes, des projets, des évènements marquants (en bien et en mal), des personnes qui comptent pour toi (fictives ou non), ce que tu as appris sur toi dans tes voyages…
Le but est de faire un point sur la personne que tu es actuellement. Oui, le voyage t’a fait découvrir de nouveaux aspects de ta personnalité.
Cependant, tu as aussi en toi des traits de caractère qui datent « d’avant ». Pour te sentir bien lors de ton retour, il sera important d’allier ces deux parties de toi.
B) Parler avec d’anciens expats pour se sentir à sa place
Quand on revient, notre envie première est de parler en long, en large et en travers de notre voyage. Petit souci : nos proches se lassent facilement, voire s’en fichent complètement.
On peut alors se sentir délaissé, incompris, avec un arrière-goût de quelque chose de pas fini dans la bouche. On va avoir de nouveau l’impression de ne pas se sentir à sa place. Cela s’accompagne souvent d’un isolement progressif et d’une perte de motivation.
Ce sentiment est un des facteurs qui renforce le choc culturel inversé. Garder toutes nos pensées liées à notre expatriation ne fera qu’approfondir la nostalgie que l’on éprouve.
Une action qui pourra t’aider à pleinement parler de ton expérience à l’étranger est de faire un tour sur Facebook et de chercher des groupes d’anciens expats dans ta ville.
Peut-être qu’il y a même des groupes qui se rejoignent juste pour parler une langue étrangère.
L’un de nos besoins primaires est celui d’appartenance à un groupe.
De ce fait, partager l’expérience de ton voyage et de ton retour avec des gens qui te comprennent te fera le plus grand bien.

Tu auras le soutien que tu recherches et l’espace pour parler autant que tu veux de ton histoire.
Il est normal de se sentir à part en revenant. Pour autant, cela ne veut pas dire que tu es l’unique personne sur terre à ressentir ce qui te traverse.
Alors, prends ton courage à deux mains et vois s’il y a des évènements d’anciens expats qui sont organisés dans ta ville. Cela aidera à avoir une transition plus douce.
C) Mettre des mots sur tes émotions pour les extérioriser
Revenir dans son pays d’origine apporte des sentiments contradictoires. On a d’un côté la joie de retrouver ses proches et ses coutumes, et de l’autre la nostalgie du pays visité.

Avec la fatigue mentale qu’amène le retour, il n’est pas rare de ressentir des montagnes russes émotionnelles. C’est normal.
Ton corps se régule physiquement et mentalement. Il prend conscience de tout ce qui a pu se passer.
Garder ses émotions sous clé ne fera que les amplifier.
Elles pèseront de plus en plus jusqu’à l’implosion.
Pour éviter cela, choisis plutôt de les exprimer, que ce soit par la parole, l’écriture, le dessin ou d’autres activités créatives.
Pour l’écriture : prends une feuille et écris pêle-mêle tout ce qui te traverse l’esprit ; même si c’est simplement une suite de mots. Cette feuille va te servir de poubelle de pensées pour décharger ton mental.
=> Tu peux également commencer une page en écrivant « Actuellement, je me sens.. » et voir ce qui sort.
Pour le dessin : prends une feuille, ferme les yeux un instant et concentre-toi sur tes émotions. Ensuite, laisse bouger ton crayon/feutre/stylo tout seul. Le but n’est pas d’avoir une forme précise ou que ce soit joli.
==> Au contraire, fait des ratures, change de couleurs, met différentes formes dans tous les sens. L’important est que tu fasses ressortir ce que tu as à l’intérieur.
Pour la parole : il peut être plus simple de parler à d’anciens voyageurs plutôt qu’à tes proches qui peuvent ne pas te comprendre. Si tu sens que c’est trop lourd, tu peux aussi prendre une séance avec moi pour faire le point.
==> Ensemble, on mettra des mots sur ce qui te traverse et je pourrais t’aider à dépasser ce mal-être interne.
Conclusion
Se sentir à sa place à l’étranger n’a rien d’un hasard. C’est le résultat d’un ensemble de mécanismes psychologiques qui, mis bout à bout, ouvrent un espace inédit pour se redécouvrir.
Loin du regard familier, on ose, on expérimente, on se surprend soi-même. Les concepts de psychologie sociale décrits plus haut montrent à quel point le changement de contexte peut libérer des parts de nous longtemps restées en sommeil.
Cependant, cette nouvelle liberté rend parfois le retour plus complexe : il faut réapprendre à habiter une version de soi qui a évolué ailleurs.
Pourtant, ce passage n’est pas une régression. C’est une transition.
En prenant le temps de clarifier qui l’on est devenu, en s’entourant de personnes qui comprennent ce que représente un retour, et en exprimant ses émotions plutôt que de les enfouir, il devient possible de réunir l’ancienne et la nouvelle version de soi.
Le voyage ne nous enlève rien : il nous ajoute. C’est précisément cette richesse intérieure, déstabilisante au début, qui finit par nous permettre de recréer notre place, où que l’on soit.



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