Le choc du retour : définition, symptômes et causes

Psychologie du voyage
14.02.2024

Tu rentres d’expatriation ou d’un long voyage. Tu devrais être soulagé.e, content.e de retrouver tes proches, ton chez-toi, tes habitudes.

Pourtant,quelque chose ne va pas. Tu te sens étrange, décalé.e, comme si tu n’étais plus tout à fait à ta place dans un endroit que tu connais pourtant depuis toujours.

Tes proches ne comprennent pas vraiment ce que tu as vécu. Toi-même, tu n’arrives pas à mettre des mots sur ce que tu ressens.

Ce que tu traverses a un nom : le choc du retour. Aussi appelé choc culturel inversé, c’est un phénomène psychologique réel qui touche de nombreux voyageurs.es et expatrié.es au moment de rentrer dans leur pays d’origine.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il peut être aussi déstabilisant que le départ lui-même.

Dans cet article, je t’explique ce qu’est exactement le choc du retour, pourquoi il se produit et ce qu’il crée sur le plan psychologique. Si tu cherches des outils concrets pour le dépasser, j’ai écrit un article dédié pour ça.

I. Le choc du retour, qu’est-ce que c’est ?

On appelle aussi ce phénomène le choc culturel inversé. Cela correspond au bouleversement émotionnel ressenti après un temps à l’étranger, par des personnes qui reviennent dans leur pays d’origine.

Il peut toucher tout le monde : les voyageurs en sac à dos, les expatriés de longue durée, les humanitaires, les étudiants en Erasmus ou en césure. Personne n’est à l’abri, peu importe la durée du séjour ou la destination.

Ce qui rend ce phénomène particulièrement difficile à vivre, c’est qu’il paraît illogique, même pour ceux qui le vivent.

Comment peut-on souffrir de rentrer chez soi ? Comment peut-on se sentir étranger dans un pays qu’on connaît depuis toujours ?

C’est précisément cette incompréhension qui alourdit le retour. Alors essayons de lui donner du sens.

A) Comprendre ce problème lié au voyage

On parle souvent du choc culturel à l’arrivée dans un nouveau pays. On s’attend à ce que la confrontation avec une culture différente puisse être difficile à vivre.

Ce n’est pas le cas pour le retour. Après tout, nous revenons dans notre pays d’origine, un endroit dans lequel on a baigné avec ses codes sociaux et notre langue natale. Pourquoi le vivrait-on mal ?

C’est justement là que le choc se joue : dans l‘écart entre nos attentes et la réalité du retour.

Voyage et découverte

En habitant à l’étranger, une part de notre identité s’est identifiée à cette nouvelle culture.

Il va y avoir des comportements, une nouvelle vision du monde qui nous est inculquée.

C’est comme si notre manière d’appréhender notre environnement s’était élargie.

Nous nous retrouvons changé.es, tandis que nos proches qui sont, eux, restés dans leur routine restent « les mêmes ».

La chercheuse Nanette Sussman (2002) identifie justement 4 types de profils dans les personnes qui reviennent :

  • Le profil additif : le retour est vécu comme un enrichissement. Dans ce cas, la personne aura intégré la culture étrangère en plus de sa culture d’origine. Les deux coexistent en elle en harmonie.
  • Le profil soustractif : ici, l’individu a privilégié la culture du pays d’accueil. Le retour crée alors un sentiment d’étrangeté dans son propre pays. On va se sentir en décalage, ne plus se sentir à sa place.
  • Le profil affirmatif : cette fois-ci, la personne a renforcé son identité culturelle d’origine pendant son séjour à l’étranger. Revenir est donc vécu comme un retour aux sources, quelque chose de positif.
  • Le profil global : l’individu est dans un entre-deux. Il ne se sent ni d’ici, ni d’ailleurs. Le retour est difficile à vivre ici car il semble qu’aucun endroit ne peut être déclaré comme étant un chez-soi.

Pour Sussman, le retour enclenche un processus de transition identitaire : plus on a été immergé longtemps dans une culture étrangère, plus notre identité culturelle d’origine a pu être mise de côté.

C’est en revoyant nos proches que l’on prendra conscience que l’on a réellement changé. C’est souvent là que les premiers symptômes du choc du retour font leur apparition.

L’idée de rentrer en France te stresse ? Tu n’en peux plus de te prendre constamment la tête sur les étapes pour t’organiser ? Ton but est de pouvoir rentrer en toute sérénité ?

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B) L’impact du choc du retour

Le choc culturel inversé peut avoir un impact plus ou moins important en fonction des personnes. La puissance de celui-ci dépendra aussi des conditions du retour :

L’individu concerné l’a-t-il choisi ? Ou est-ce qu’au contraire cela a été imposé ? Est-ce qu’il prévoit de voyager de nouveau rapidement ? Ou il ne pourra pas partir avant un moment ?

choc du retour et émotions

C’est le chercheur Kevin Gaw (2000) qui a documenté les symptômes spécifiques du choc culturel inversé.

Selon lui, ce choc est souvent plus intense que le choc culturel à l’aller,  précisément parce qu’on ne l’avait pas anticipé.

L’absence de préparation psychologique au retour amplifie considérablement le mal-être.

Chez les personnes touchées par ce bouleversement émotionnel, on retrouve trois catégories de symptômes :

Sur le plan comportemental

  • Beaucoup de démotivation et perte d’intérêt pour les activités habituelles
  • Un renfermement sur soi et évitement social
  • Une obsession pour la vie à l’étranger 
  • Une difficulté à se reconnecter avec ses proches

Sur le plan cognitif

  • Une idéalisation de la vie à l’étranger
  • Un sentiment de ne plus appartenir à son pays d’origine
  • Une remise en question de ses choix de vie
  • Une difficulté à se projeter dans l’avenir

Sur le plan émotionnel

  • Un sentiment de tristesse et de mélancolie inexpliqués
  • Une nostalgie intense pour la vie à l’étranger
  • Une frustration et une irritabilité face au quotidien
  • Un sentiment d’incompréhension  avec l’impression que personne ne comprend ce qu’on a vécu
  • Une solitude malgré la présence des proches

    Dans le cas où l’individu reste dans ce comportement pendant un long moment, cela peut aussi mener à une potentielle dépression.

    À partir de ce moment-là, on peut retrouver une difficulté à se lever, une montée de pensées négatives et un sentiment d’impuissance avec l’impression que l’on ne pourra jamais s’en sortir.

    Il est normal d’avoir besoin d’un temps de réadaptation lorsque l’on revient dans son pays d’origine.

    Entre le jet lag et le sentiment de nostalgie qui peut nous prendre aux tripes, il est plus qu’important de prendre un temps pour se reposer et faire sortir ses émotions.

    II. Pourquoi a-t-on peur de rentrer ?

    On a souvent tendance à penser que le plus dur dans un voyage, c’est le départ, pas le retour. Après tout, pourquoi serait-il difficile de revenir dans un pays où l’on a vécu pendant une grande partie de son existence ?

    Et pourtant. Lorsque je voyageais en sac à dos, il y a eu un moment où j’ai réalisé que je ne voulais pas rentrer.

    Rien qu’à l’idée de prendre l’avion pour la France, mon ventre se serrait et je ressentais une montée de stress que je n’arrivais pas à expliquer.

    J’avais peur de deux choses : de ne plus réussir à me connecter avec mes proches, et de ne plus me sentir à ma place dans ce pays que je connaissais pourtant depuis toujours.

    Si tu te reconnais dans ces mots, sache que tu n’es pas seul.e., et que ce que tu ressens a un nom.

    A) Le choc du retour et la confrontation aux changements

    Le voyage change intrinsèquement qui l’on est. 

    On va souvent se retrouver à oser plus de choses, car on a moins peur du regard des autres (vu que personne ne nous connait). Dans cette aventure, on va donc beaucoup évoluer.

    Pour moi, vivre à l’étranger est ce qui m’a permis de me (re)trouver. J’ai réussi à mieux comprendre mes comportements, à prendre confiance en moi et à travailler sur les aspects de ma personnalité que j’avais peur de faire évoluer.

    Quand est venue l’heure de revenir en France, ma grande peur a donc été d’avoir « trop » changé : Et si je n’avais plus rien en commun avec mes amis et ma famille ? Que faire si mes proches n’acceptaient pas cette « nouvelle » moi ?

    Le psychologue Erik Erikson a montré que l’identité n’est pas quelque chose de figé. Pour lui, c’est un processus en construction permanente, qui évolue au fil de nos expériences.

    Le retour d’expatriation peut déclencher ce qu’il appelle une crise d’identité : un moment de remise en question profond, déstabilisant sur le moment, mais nécessaire pour évoluer.

    doute du voyage

    Ce n’est pas un signe que quelque chose ne va pas, mais plutôt le signe que tu as vécu quelque chose d’important et de transformateur.

    Cependant, toutes ces questions nous font douter et sont un facteur de stress avant de rentrer.

    Avec cela vient la question de la place : comment s’inscrire de nouveau dans un quotidien qui nous semble banal, alors que l’on vient de vivre des expériences incroyables et dépaysantes ?

    Si l’on reste enfermé dans ces ruminations, on risque de se retrouver submergé par les pensées négatives.

    Pour certaines personnes, toutes ces questions vont être un véritable frein dans leur retour. Cela peut amener à une conduite de fuite où la personne va se dire qu’elle ne peut pas s’arrêter de bouger et que le voyage est la seule chose qui peut lui convenir.

    Ce qui aggrave souvent cette situation, c’est ce que le chercheur Kevin Gaw (2000) appelle le manque de reconnaissance sociale.

    Quand on rentre, l’entourage s’attend à ce qu’on soit heureux de retrouver ses repères. Quand ce n’est pas le cas, on se sent illégitime dans sa souffrance« J’ai de la chance d’être rentré, je n’ai pas le droit de me plaindre. »

    Cette culpabilité aggrave les symptômes et retarde souvent la demande d’aide.

    En réalité, le besoin ici est d’être rassuré et de sentir que l’on a encore une place dans notre pays d’origine.

    B) La fin du voyage : deuil et sédentarité

    Le retour de voyage marque la fin d’une aventure. Comme toute fin, on n’a pas envie que cela s’arrête par peur de ne plus jamais ressentir la même chose.

    Quand on pense au mot « deuil », on va souvent relier ça à la mort. En réalité, faire le deuil signifie que l’on est en train de vivre une perte. Cette dernière peut donc concerner quelqu’un ou quelque chose. Dans le cas d’un retour de voyage / d’expatriation, ce deuil est relié à la perte de notre vie à l’étranger.

    deuil du retour

    Il est donc normal de ressentir de la tristesse, voire de la frustration, comme ce que l’on peut ressentir lors de la perte d’un être cher.

    En revenant dans son pays d’origine, on va expérimenter la perte :

    • Des personnes que l’on a rencontrées là-bas
    • Des nouvelles habitudes que l’on a prises
    • De l’intensité du voyage
    • D’un sentiment de découverte que l’on a facilement sur la route

    Pour la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross une personne va passer par 5 étapes (non linéaires) lorsqu’elle est dans un processus de deuil :

    1. Le déni
    « Ce n’est pas possible. Ça ne peut pas se terminer comme ça. »
    On va refuser d’accepter la réalité de la perte pour se protéger psychologiquement et faire comme si tout allait bien.

    2. La colère
    « Ce n’est pas juste. Pourquoi moi ? »
    La douleur remonte à la surface sous forme d’irritabilité face à notre quotidien ou de frustration de ne pas être compris par nos proches.

    3. Le marchandage
    « Et si je repartais ? Et si je trouvais un moyen de retourner là-bas ? »
    On cherche des compromis et on élabore des scénarios alternatifs pour éviter d’accepter la perte. Cela peut nous empêcher de nous projeter dans une vie sédentaire.

    4. La dépression
    « Je ne m’en sortirai jamais. Rien n’a plus de sens. »
    On prend pleinement conscience de ce que l’on a perdu. On ressent alors une tristesse profonde avec parfois un isolement progressif. On peut avoir l’impression que notre vie est terne et perdre de l’intérêt pour des activités qui nous procuraient du plaisir avant.

    5. L’acceptation
    « C’est ainsi. Je peux avancer. »
    Ici, on intègre la perte dans notre vie. On réussit à voir le retour non pas comme une fin, mais plutôt comme une nouvelle étape.

    Le retour, c’est devoir (la plupart du temps) redevenir sédentaire. Après avoir autant bougé sur une longue période, le fait de s’implémenter quelque part donne l’impression que l’on est bloqué.e comme si on se retrouvait emprisonné.e.

    La peur de ne plus pouvoir partir peut donc également alourdir le retour. Le réflexe est alors de continuer à se déplacer, malgré la fatigue, juste pour être sûr·e de ne pas perdre sa liberté.

    Revenir dans son pays, c’est donc devoir faire face à toutes ses peurs, et les dépasser pour réussir de nouveau à s’intégrer.

    Conclusion

    Revenir dans son pays d’origine apporte son lot d’émotions contradictoires. Le cœur balance entre la joie de revoir ses proches et la tristesse de voir une aventure se terminer.

    Ce que tu ressens est réel, légitime, et tu n’as pas à traverser ça seul.e. Le choc du retour n’est pas une faiblesse. C’est une réponse humaine et documentée à une transition de vie intense.

    Si tu cherches des outils concrets pour dépasser ce moment difficile, j’ai écrit un article dédié avec des pistes pratiques pour t’aider à avancer.

    Si tu sens que le choc du retour est trop lourd à porter seul.e, un accompagnement psychologique peut vraiment faire la différence.

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    Gwenaël THING-LÉOH

    Gwenaël THING-LÉOH

    Psychologue nomade - Psychothérapeute

    Je suis spécialisée dans l’accompagnement des personnes qui vivent à l’étranger, que ce soit sur du court ou sur du long terme.

    Mon approche ?

    Une psychologie interculturelle et humaniste. Je suis convaincue que chacun·e porte en soi les ressources pour avancer, même dans les tempêtes.

    Mon rôle est de te guider pour que tu (re)trouves ton cap.

    Le but est de t’aider à (re)découvrir tout ce qui est déjà là, en toi, pour t’aider à t’épanouir, peu importe où tu te trouves dans le monde !

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